Le journalisme constructif, vers un nouveau paradigme ?

Jusqu’à ce dimanche 23 septembre 2018 s’est déroulée à Louvain-la-Neuve, la toute première édition du Festival Maintenant. Le thème névralgique en est la transition écologique, économique et sociétale. Elle aborde en cinq jours plusieurs activités comme des films, ateliers, débats. Le jeudi 20 septembre 2018 était programmé un débat sur la profession journalistique titré : « Les nouvelles positives, c’est aussi de l’info ». Sans filtre ni tabou, Hugues Dorzée (Imagine), Leslie Rijmenams (Nostalgie) et Felice Gasperoni (RTBF), la facilitatrice Yasmine Boudaka et une quinzaine de citoyens ont échangé sur l’essence de cette mouvance dans le journalisme, mais aussi sur leurs déceptions et craintes et surtout sur leurs envies, espoirs envers les médias. Récapitulatif :

Les témoignages ont été le moteur du débat qui a évolué en trois temps : présentation des médias, séquences de questions-réponses et, enfin, interactions collectives. Durant cet échange, plusieurs thématiques sous-jacentes comme la réalité économique, l’acte citoyen de choisir sa presse, l’importance du choix des mots ont été abordées.

De gauche à droite : H. Dorzée, L. Rijmenams, Y. Boudaka © M.T. pour RollingNews
Identités distinctes sur une même longueur d’onde

Chacun.e.s des journalistes invité.e.s ont voulu expliquer pourquoi ils et elles se sont inscrit.e.s dans cette dynamique définie comme « constructive ». Nouveau filigrane commun pour des médias différents au nom du pluralisme. Pour Hugues Dorzée, rédacteur en chef chez le magazine alternatif Imagine. Demain le monde se lance en premier et amène le magazine comme précurseur : « Moi, j’ai la particularité d’être passé d’un média meanstream généraliste qui était le Soir où j’ai travaillé pendant 18 ans. Depuis 5 ans, j’ai la chance de participer au redéploiement d’un magazine qui existe depuis plus de 20 ans maintenant et qui était déjà précurseur en 1996 sur les questions de transition ».

Felice Gasperoni et l’émission Alors, on change !  qu’il amine, en explique le pourquoi : « Ce sont des portraits des acteurs de changement, des gens qui se bougent parce qu’ils ne se sentent plus en phase avec la société actuellement (individualisme et hyperconsommation) et qui ont décidé de changer les choses à leur échelle dans leur vie, dans leur ville, dans leur entreprise. L’intention est de montrer de manière constructive que des gens trouvent des solutions pour le bien commun ».

Quant à Leslie Rijmenams, elle avance que son émission Y’a de l’idée s’inscrit dans une continuité par rapport au travail de ses confrères : « En 2013, on a créé la chronique citoyenne ‘Y’a de l’idée’ qui est dans la veine qu »Alors au change !’. On va à la rencontre de citoyens qui veulent changer le monde à leur façon, qui veulent l’embellir, l’améliorer en tout cas et de voir quelles sont leurs solutions, à leur échelle et aussi de s’inspirer de ce qu’il se passe ailleurs dans le monde et de voir si ça peut susciter un mouvement ici en Belgique ».

Le positivisme, la vie en rose ?

Le but n’est pas de nier la réalité qui peut être difficile comme des catastrophes ou des attentats. Le but est de choisir ses mots et de comprendre que ces mots ont un impact sur la perception du monde. Le journalisme dit « positif » ou « constructif » veut changer de ton et sortir d’une sphère anxiogène et dramatique que les nouvelles peuvent avoir. Leslie Rijmenams nous raconte comment elle a adapté son écriture journalistique : « En tant que journaliste, on a énormément de poids dans la façon dont on exprime les choses. C’est-à-dire quand il y a un bouchon sur le ring de Bruxelles, que ça fait le premier titre de l’actu et que l’on vous parle ‘d’apocalypse’ ou de ‘chaos’, la façon dont on va recevoir ce message va être totalement anxiogène. Maintenant, si je vous dis, en premier titre toujours, je vais vous parler exactement de la même chose, mais en disant : ‘Attention si vous prenez l’E40 ce matin, essayez de prendre une déviation. Tentez de prendre le train parce que ça bouchonne pas mal, vous êtes ralentis de vingt minutes, il faudra être patients pendant vingt minutes’. Votre perception des choses va être complètement différente ».

L’évolution du regard sur la transition…

Bien le sujet à proprement parlé sur la transition ne date pas d’hier, tous et toutes sont d’accords pour dire que le tournant médiatique s’est opéré autour des années 2013 et 2014 au moment de la sortie du film Demain (2015) et reconnaissent unanimement que « quelque chose est en train de se passer ». La transition selon eux, doit sortir de la catégorie propre et transparaître sur tous les sujets et surtout pérenniser dans le temps comme le résume Felice Gasperoni : « Chez nous, il y a eu une première phase avec ‘Alors, on change ! ‘ en télé et ‘Utopia’ en radio, où il y avait clairement une dimension ovni, c’est clair. Et puis, il y a eu le film ‘Demain’ et en 2016, à la RTBF, il y a eu un intérêt du public évident. Est-ce que ça été une prise de conscience ou la volonté de se dire qu’il y a un potentiel pour un public qui on va surfer dessus ? En tout cas, c’est de notre mission de service public d’y répondre. Il y a eu l’envie de marquer le coup avec une soirée prime time «’Demain, et après ?’ avec Jonathan Bradfer et Fiona Colienne. On s’est dit qu’en une émission, il résume trois saisons d »Alors, on change !’ A côté, il y avait la volonté de pérenniser cela derrière avec des rendez-vous récurrents. Aujourd’hui dans Tendance Première avec Véronique Thyberghein une chronique quotidienne consacrée à la transition ».

A cela, un interlocuteur a voulu témoigner de son changement professionnel qui l’a mené vers une presse qu’il qualifie « d’associative » et qui pour lui, est un intermédiaire entre la presse dite de qualité et la presse sensationnaliste : « J’ai travaillé une vingtaine d’années qui s’appelle le Vif/L’express. Il y a dix ans, je me sentais plus bien dans le journal, je l’ai quitté, je n’étais plus d’accord avec la ligne rédactionnelle, etc. Puis, j’ai abouti dans un journal « mutualiste » qui s’appelle ‘En Marche’ et, dans lequel, je n’avais jamais envisagé de travailler. Ce n’était pas du tout dans mon projet de carrière. Là, j’ai trouvé à ma grande surprise, et c’est là que je situe ce média comme intermédiaire plus technique et/ou associative, j’ai trouvé un journal dans lequel le souci de présenter le positif, pour se démarquer du spectaculaire, du réactif, du scandale. Ce souci était de mettre l’accent sur tout ce qui relie plutôt sur ce qui divise. Tout ce qui relie et novateur sans esbroufe à quelques initiatives, associatives ou autres ».

Une légitimité timide

Lors du débat, une interlocutrice s’est interrogée sur le fait de supprimer ou déplacer une émission en journée était une décision rédactionnelle, autrement dit, la décision des journalistes eux-mêmes. L’essence intellectuelle d’un sujet se conjugue aussi avec la rentabilité économique. Si une émission fonctionne, c’est d’une part parce que le public la « consomme », elle donc rentable, et d’autre part, c’est parce qu’il y a un intérêt de ce public, du moins, très simplement, pour Nostalgie et la RTBF. Pour Imagine, le modèle économique dit « alternatif » : il fonctionne à 60 % sur les abonnements selon Hugues Dorzée et la ligne éditoriale a été inspirée d’un panel de citoyens et professionnels.

Par ce constat, Felice Gasperoni souligne l’importance des enjeux sociétaux pour le bien commun que soulève la transition et qu’il y a un manque de prise de conscience : « C’est une bataille de – Hugues Dorzée : d’ audimat ? – de prise de conscience de l’enjeu et avec notre direction, on doit toujours se justifier, expliquer à nouveau, montrer qu’on est pertinent sinon on est perçu comme marginaux alors qu’on ne l’est pas parce qu’on traite de sujets qui touchent tout le monde. Nous suivre et partager nos contenus nous donne une légitimité ».

Leslie Rijmenams s’estime chanceuse d’être dans une rédaction où, au contraire, les choses vont de soi : « Notre directeur Marc Vossen qui fait partie de la ligue des optimistes, qui est un optimiste convaincu et voit tout le temps le verre à moitié plein et ça aide vraiment, et ça c’est vrai quand on a un supérieur hiérarchique dans ce move-là, c’est beaucoup plus facile de faire passer des choses que dans d’autres entreprises où l’on bloque des quatre fers quand il y a cette mouvance positive qui pointent le bout de son nez ».

Hugues Dorzée se réjouit de cette prise de conscience tout en mettant en garde l’opportunisme et la récupération par le greenwashing : « Tant mieux, je dirais et tout est bon à prendre. J’ai travaillé au Soir pendant 18 ans, je ne m’occupais pas de ces matières-là, mais je sais que mes collègues ramaient pour essayer d’imposer des choses. L’environnement, ça passait toujours après, les migrants c’est gentils, mais ce n’est pas sexy, le changement climatique, ok c’est préoccupant, mais bon, ce n’est pas trop grave, etc ? Je caricature à peine. Mais depuis quelques années, effectivement il y a une espèce de prise de conscience dans les rédactions, à mon avis qui est intéressante qui se traduit avec des pages, des ‘one shot’ aussi, on surfe sur des vagues où tout le monde s’engouffre et c’est ce que j’appelle parfois le  ‘journalisme girouette’ et ça m’inquiète ».

Le feedback de la mass critique

L’économie médiatique découle en partie de son lectorat, de vous aussi. Consommer de l’information peut devenir un acte citoyen pour celles et ceux qui le décident, car selon les journalistes présent.e.s, c’est le public qui décide de couper sa radio, télé ou de refermer son journal. C’est aussi à lui, en partie de faire remonter les bonnes informations aux directeurs de l’information : le fait qu’une émission plaise. En parallèle, si le contenu est suivi et commenté alors il y aura plus de poids dans la balance économique.

Avec les rires de l’assemblée, ces journalistes ont unanimement et sous des traits d’humour, demandé à chacun.e de réagir sur tous les écrans possible. Métaphore qui pose une nouvelle question, celle du sixième W dans le jargon des médias : What do we do now ? Que fait-on maintenant avec l’information ?

Manon Thomas

Journaliste d’un jour pour le Festival Maintenant

Jeter son mégot par terre, en toute impunité?

Quand on sait que le mégot de cigarette est un des déchets les plus toxiques pour l’environnement et pour la santé, on se demande pourquoi les pavés de la cité néo-louvaniste en sont quotidiennement jonchés. « Le sol n’est pas un cendrier », tel est le slogan que l’on peut lire sur les affiches – publiées par la Ville et l’UCLouvain –  placardées le long du parcours de la Finlandaise, aux abords du Lac.

Ce déchet n’a rien d’anodin puisqu’à lui seul, il peut contaminer près de 500 litres d’eau (NDLR : selon la page Leo Not Happy) . Ce type d’infraction, quand elle est constatée, peut coûter une amende allant de 25 euros à 350 euros. Pourtant dans les faits, cette incivilité n’est que peu sanctionnée. Comment l’expliquer? La rédaction de RollingNews a mené l’enquête.

Dura lex sed lex

Que dit la loi au juste? Elle est inscrite au Moniteur Belge depuis le 24 juin 2013. Cet acronyme SAC désigne Sanctions Administratives Communales et est une amende pour tout individu commettant une incivilité à partir de 14 ans (uriner sur la voie publique, dégradation de bâtiment, jeter les mégots de cigarette dans la rue). Cette loi autorise la commune et la police à collaborer pour lutter contre des infractions de toute sorte, pour rester simple. Au niveau local, tout le territoire de la commune est sous l’autorité d’un même règlement de police. Les SAC s’établissent en deux temps :  d’abord, le constat de l’infraction est fait par un agent de police, ou dans le cas d’O-LLN par un fonctionnaire sanctionnateur indépendant, ensuite la sanction est actée par la commune et pénalisée d’une amende. La commune ne peut cependant pas appliquer une sanction administrative et une sanction pénale pour les mêmes infractions.

Un délit « mineur » ?

Pas une seule fois ce terme précis de « mégot » n’est repris dans le Règlement Général de police de la zone d’Ottignies-Louvain-La-Neuve alors que le terme « cigarette » y est mentionné  une unique fois, en son article 95 : « Il est interdit de déverser des graisses et huiles usagées dans les égouts, avaloirs publics et fossés, ainsi que d’y jeter tout objet ou matière, tels que notamment les cigarettes ».

© M.T pour RollingNews. Avaloirs sur la Place de l’Accueil bouchés par des déchets dont des mégots.

Le Commissaire de police de la ville, Yves Lagrange, précise que les mégots ne sont pas des déchets particuliers, mais englobés dans une règle plus générale et difficiles à mesurer du reste des infractions commises. « À l’article 80.3 prévoit de manière générale la propriété sur la voie publique : « qu’il est défendu de détériorer, d’endommager ou de souiller la voie publique et les bâtiments . Cette règle générale peut être utilisée par les mégots, pour un dépôt de sacs poubelle, etc. Il y a aussi un article qui prévoit qu’il est interdit de déposer des petites poubelles dans les poubelles publiques ». Il stipule aussi que les propriétaires d’animaux doivent disposer d’accessoires pour nettoyer les déjections, les dépôts clandestins, etc ».

Des flagrants délits rarissimes

Nous avons reçu des résultats partiels de statistique, ce qui explique la haute proportion des catégories « Autres » qui comptabilisent plusieurs infractions reprises dans le règlement. Si l’on suit l’analyse du Commissaire, il y aurait donc 5 SAC liées à l’article 80.3 soit 2,65% de probabilité qu’il s’agisse bien de mégot de cigarette. Cette probabilité n’est pas un chiffre réel et demeure impossible à vérifier, mais elle permet de donner une idée de la proportion d’infractions comparée, pour exemple, à celle des tapages nocturnes de 33% (soit 198 des SAC) pour l’année 2017.

En pratique, sanctionner pour un mégot reste exceptionnel et non prioritaire pour la police locale : «  pour les mégots, pour nous en tout cas, sincèrement ce n’est pas vraiment une priorité puisqu’on a quand même par rapport aux chiffres d’autres comportements qui eux, sont totalement intolérables comme les gens qui urinent sur la voie publique, il y a le problème de l’insalubrité et aussi de l’outrage public aux bonnes mœurs. Des gens, des enfants, etc., ne sont pas obligés de supporter de genre de spectacle-là, les déchets, les sacs, etc., sont pour nous des priorités. (…) Imputer à quelqu’un le fait de jeter son mégot de cigarette suite à notre présence est rarissime, je ne m’en souviens même pas une seule fois. C’est un peu comme les gens qui jettent des déchets par la fenêtre de leur voiture, ils ne vont pas le faire si on est en uniforme devant eux, c’est sûr (rires) ».

De 25 à 350 euros d’amende

Rare mais pas impossible. A Mons, depuis mai 2018, vient d’être instaurée une amende de 100€ en cas de jet de mégot à terre. À Ottignies-Louvain-la-Neuve, l’infraction reconnue sera validée par un fonctionnaire sanctionnateur. Bien que les agents de police peuvent relater les faits dans lesquels s’est déroulée l’infraction, ce fonctionnaire reste totalement indépendant de la commune ou de la police selon un arrêté royal comme nous l’explique Yves Lagrange : «  La personne qui s’est rendue coupable d’une infraction par rapport au Règlement Général de Police peut encourir, notamment, une redevance qui varie entre 25 et 350 euros. Cette amende est prononcée par fonctionnaire sanctionnateur qui ici à Ottignies-Louvain-la-Neuve, nous est propre, il y en a qui sont provinciaux. Ici, à la commune, des personnes dites «  de niveau A » gèrent les dossiers une fois que le constat a été fait. Ils convoquent les gens et déterminent les sanctions qui sont applicables. Cette sanction n’est pas nécessairement en termes d’argent, elle peut être une réparation ou un travail d’intérêt collectif. Il y a plusieurs solutions ».

… qui varie selon l’âge du contrevenant

« Il module sa sanction en fonction de l’âge, s’il s’agit d’un mineur l’amende ne s’élève pas plus que 175 euros et la médiation est utilisée. En général, ici, il y a quand même une majorité de majeurs en tout cas qui sont susceptibles de le faire donc ça peut aller jusqu’à 350 euros (NDLR : suivant l’article 4, §1°1). Le fonctionnaire sanctionnateur est tout à fait libre par rapport au montant qu’il/elle décide et le fait selon la propre jurisprudence qu’il/elle constitue au fur et à mesure des sanctions qu’elle prend, et des circonstances. Si la personne qui a jeté son mégot, pour le cas d’exemple, est virulente par rapport au policier qui lui fait la remarque ou plutôt indifférent et l’envoie promener, et que ce fait est relaté tel quel dans le constat, c’est sûr que la sanction sera peut-être plus importante que celui qui fait « amende honorable » et ramasse son mégot. Tout ça, c’est une question de circonstances ».

Ce qui fait débat : la prise de responsabilité face à cette pollution

Louvain-la-Neuve a cette particularité qu’une partie du territoire appartient à la ville et une autre à L’UCL (comme le Lac), à des particuliers, commerces et secteur HORECA. Julie Chantry (ECOLO) échevine à l’environnement pointe aussi la responsabilité de l’habitant.e, tout en rappelant aussi que la ville s’occupe des espaces publics et non privés : « C’est vraiment utile de s’occuper de la question des mégots, mais ça doit faire partie de la sensibilisation des utilisateurs comme pour beaucoup d’autres déchets. Augmenter le ramassage, augmenter les possibilités, rajouter des poubelles, etc. C’est bien, mais il faut qu’il y ait une part de conscientisation. On doit faire avec les citoyens qui doivent prendre leur part de responsabilité. »

© M.T. pour RollingNews Poubelles et cendriers publics près de la Place Rablais.

La question des mégots ne serait que la pointe de l’iceberg pour les différents acteurs. Il y a la gestion du nettoyage, du découpage territorial et du matériel mobilier urbain à disposition. La ville compterait 30 cendriers en rue, selon Dorothée Herbant , l’écoconseillère de la commune. Du côté des citoyens, on réclame plus de poubelles. Pourtant, l’initiative avait été tentée et générait d’autres incivilités et des risques d’incendie comme nous le raconte le Commissaire Lagrange : « Le problème est plus complexe que de dire qu’il n’y a pas assez de poubelles parce qu’on avait des poubelles sur le piétonnier de LLN au départ qui est étaient destinées aux petits déchets ménagers. Certaines étaient trop évasées et accueillaient des sacs poubelles presque entiers et donc on a dû réduire l’ouverture. Autre souci, toujours par rapport aux mégots, est qu’à partir du moment où vous stocker un certain nombre de déchets ménagers dans une poubelle et que vous jetez un mégot, on avait des incendies de poubelles (rires) et donc, on pourrait avoir comme à la sortie du commissariat, des cendriers tout à fait propres aux mégots, qui n’acceptent pas les déchets ménagers ».

L’appel à la sensibilisation et la mobilisation

Le 27 juin dernier a eu lieu la deuxième opération BeWAPP, initiative soutenue par la Région wallonne qui consiste à sensibiliser aux problèmes des déchets et à la pollution des espaces publics. Pour cette édition, l’attention s’est portée sur un déchet précis : le mégot de cigarette.  Selon la chaîne TVCom, les participant.e.s étaient plus d’une dizaine et ne se sont pas contentés de ramasser uniquement les déchets des fumeurs et des fumeuses. Cet élan citoyen fait également suite à la première édition du Ramass’clope dans la lignée du mouvement « Leo Not Happy ».

Des citoyen(ne)s nettoient leurs rues des mégots

Alors que le 21 avril dernier se déroulait la mobilisation citoyenne « Leo Not Happy » dans plusieurs villes du royaume, la ville de Louvain-la-Neuve n’y figurait pas. Ne l’entendant pas de cette oreille, un petit groupe de citoyen.ne.s a mené deux initiatives spontanées en mai, sous la bannière improvisée du « Ramass’clope ».

Ce mardi 15 mai 2018 à 14h, le clocher de la Grand-Place retentit deux fois. Nous devons rejoindre le Musée Hergé pour le point de rendez-vous, pour participer à une action citoyenne. Il devient difficile d’arpenter les rues sans voir que des mégots jonchent sur le pavé, au moins une dizaine sur 20 mètres. À 14h03, Valentine, une étudiante, arrive avec son sac, des bouteilles de coca vides et des gants en latex. C’est probablement l’attirail de fortune avec lequel nous allons devoir nettoyer les rues piétonnes de la ville. Il faut descendre vers le Lac, c’est là que commence la tournée de ramassage.

C’est d’elle que tout démarre, non sans le soutien d’autres habitant(e)s et étudiant(e)s. C’est elle qui  souhaite poursuivre l’appel du 21 avril, à l’échelle locale. Après une première mobilisation avec ses ami(e)s proches, Valentine poste sur le groupe de la ville, Ottignies-LLN, ma ville, un événement Facebook invitant les citoyen(ne)s à se mobiliser pour ramasser ces déchets le temps d’une après-midi. Ce mardi 15 mai, elle a organisé son « deuxième round », elle en explique ses motivations : « Je me suis dit que c’est dommage dans une ville comme Louvain-la-Neuve avec beaucoup d’étudiants, beaucoup de fumeurs a priori et effectivement, dans les faits, on a remarqué qu’il y avait pas mal de mégots qui traînaient autour du Lac. En ville aussi, on ne les remarque pas, mais quand on regarde un petit peu, il y en a beaucoup un peu partout (…), c’était dommage de ne pas avoir eu cette action-là. C’est de là que j’émets l’idée d’organiser cette journée ».

© M.T. pour RollingNews Constance et Valentine s’active aux d’un bac à proximité du lac où la concentration de mégots est forte.

© Manon T., Constance et Valentine s’activent autour d’un banc aux alentours du Lac. La concentration de mégots y est forte.

L’image de la pollution renvoie aux détritus de toute sorte, aux canettes, aux papiers et aux mégots. Si les mégots sont la première cible, pour Valentine, c’est à cause de leur impact environnemental. En effet, le mégot de cigarette est nocif pour l’environnement. « Pourquoi les mégots ? Parce que c’est le pire petit déchet qui existe. Dans un seul mégot, il y a plus de 4000 substances nocives et peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau (NDLR : selon la page de « Leo Not Happy »). Ce sont des chiffres dont on se rend pas bien compte, mais qui sont colossaux et impactent énormément l’environnement et une zone verte comme le Lac de Louvain-la-Neuve. C’est aussi un déchet qui est très important comme le métal n’est absolument pas biodégradable, le temps de décomposition est colossal. » Le Lac a été symboliquement choisi pour la présence de la faune et la flore, mais également, car ce lieu est énormément apprécié des habitants et des étudiants.

Vif intérêt auprès des citoyen(ne)s, mobilisation timide

La communication du « Ramass’clope » s’est faite uniquement via les réseaux sociaux. Prévenir permet de faire la publicité et laisse du temps pour se déplacer et s’organiser, selon l’initiatrice, mais, force est de constater que l’engouement virtuel est toujours tangible, alors que le nombre d’intervenants sur le lieu de départ est loin du compte. Elle relativise : « En tout cas, le soutien des passants y était, mais pas dans les faits au vu du nombre de participants. Maintenant, sachant qu’on se rapproche du blocus et des examens, ça va sans doute être compliqué pour les gens de venir, ce dont j’avais conscience ». Un passant curieux par ce qu’il voyait, s’est étonné positivement de la démarche : « Ah, vous ramassez des mégots ? Vous avez déjà un sacré cendrier ! Moi, je n’ai rien à ramasser. Je ne fume pas », ce à quoi le groupe rétorque, sourire aux lèvres : « Nous, non plus, nous ne sommes pas fumeurs, bonne journée, monsieur! ».

« C’est important d’avoir un endroit dans lequel je vis qui est propre et je trouve que malheureusement, il y a beaucoup de déchets » Pablo.

Ils  et elles sont tout de même six étudiant(e)s à avoir scruter les abords du parcours et les alentours pendant trois heures. Pour Pablo, non-fumeur, l’important est d’avoir un environnement sain et d’aider  : « Je trouve cela important de faire un petit geste pour la communauté parce que ce n’est pas non plus à la commune de tout faire ». Constance, étudiante, nous explique la raison de sa venue : « Je pense que c’est important à notre échelle, d’agir pour la planète parce que si nous, nous ne faisons pas, je ne sais pas qui le fera. Qu’on soit fumeurs ou pas, on vit tous sur la même planète et c’est pour ça que je suis ici aujourd’hui ». Pour Amélie, elle trouve que l’initiative locale est une occasion de s’impliquer : « On a des amis fumeurs qui font quand même attention. Ce sera quand même un geste citoyen. Je trouve que c’est une super initiative. Il y en avait une à Bruxelles et savoir qu’il n’y en avait pas à Louvain-la-Neuve alors que les étudiants qu’il y a et qui fument, c’était dommage. Quand, j’ai vu l’évènement, je me suis dit, autant le faire. »

À la fin de la journée, le volume approximatif d’un litre par personne. En septembre prochain, Valentine a déjà fait savoir qu’elle lancerait le « troisième round ». Elle espère rallier le plus de gens à sa cause tout en ramassant de moins en moins de mégots.

© Valentine Cordier Quantité de mégots ramassés

La commune informée du phénomène

Le service environnement et le conseil communal ont été mis au courant de l’événement. Saluant la démarche citoyenne. Deux points importants reviennent autour des discussions sur les réseaux, comme l’installation de poubelles et cendriers visibles supplémentaires. Pour certain(e)s, il est important d’être plus ferme quant aux sanctions pour ces incivilités. Suite aux événements, un conseil pour la sensibilisation des fumeurs est tenu ce vendredi à 11h à l’antenne de LLN et le sujet de la dépollution des mégots sera abordé au prochain conseil communal, le 29 mai 2018 à Ottignies.

Comment la presse francophone parle-t-elle des violences faites aux femmes ?

En collaboration avec l’UCL et plusieurs collectifs actifs dans le domaine (SOS Viol, Collectif des Femmes,..), l’AJP et moi-même avons réalisé cette enquête durant ces quatre derniers mois. La présentation des résultats se fera le jeudi 19 avril dès 9H. Au plaisir de vous y croiser et d’en débattre.

Les résultats de l’étude

Quand les signes chantent

Récemment sur la scène de Rendez-vous Grand Place le vendredi 29 septembre, Noa Moon a dévoilé la chorégraphie identique à son tout nouveau clip Alive (paru sur l’album Azurite, 2017). En ligne depuis le 22 septembre, le vidéoclip comptabilise près de 3.400 vues. L’originalité du clip est son accessibilité pour personnes sourdes et malentendantes. L’histoire, en plus d’être chantée, est traduite en langue des signes. Cette pratique reste encore occasionnelle, même si la présence de chansons traduites sur Internet est de plus en plus manifeste.

Visionner un clip est devenu un geste quotidien. D’un simple clic sur la toile ou sur une chaîne spéciale, les images défilent sur l’écran et la musique est fluide. Jusque-là, il n’y a rien bien neuf… À y réfléchir, on ne fait pas que regarder les images, on écoute bien évidemment la chanson. Mais, comment l’écouter quand on ne peut pas l’entendre ? Ce défi, Noa Moon le relève avec la sortie du clip d’Alive et vient ouvrir le répertoire belge vers le monde de la surdité.

L’envie d’ouverture

Le vidéoclip de Noa Moon a pu naître grâce à un travail d’équipe. C’est avec l’aide de Marie Couratin de l’ASBL APEDAF (Association des Parents Déficients Auditifs Francophones) et d’Alice Leidensdorf, youtubeuse et administratrice de la page Les Signes Font du Bruit (LSFB), que ce projet artistique a pu aboutir.

C’est le résultat d’une collaboration étroite entre les trois femmes. Marie Couratin, qui travaille pour l’aide pédagogique à l’APEDAF, a rencontré Noa Moon en 2016 via des amis communs. C’est par son travail et par son passé de choriste que lui est venue l’idée d’un premier projet : la création d’une brochure sur la musique et la surdité.  En parallèle, Marie a parlé de son envie d’adapter l’intégralité d’un concert à Noa Moon en chant signé. L’artiste continue toujours de s’investir dans le milieu des associations ou dans des démarches qui la touchent. À l’époque, l’artiste préparait son deuxième album.

Marie Couratin nous détaille comment l’éclosion du clip Alive, après un long moment de réflexion, est venue : « (…) On commence à y réfléchir et puis Noa Moon me dit que sa maison de disque lui demande de faire un clip, et je trouve qu’en lien avec le concert qui se prépare, Manon me dit qu’elle en a marre de faire de la musique pour « elle toute seule » et elle était assez ouverte à ce milieu de la surdité, pas pour faire bon genre de signer, c’était vraiment une envie d’ouverture vers le monde des sourds. Donc, elle m’a contacté et fait part de son envie de mettre quelques signes dans son clip. Je lui ai dit : « Dis, tu ne voudrais pas carrément tout ton clip en chant signes ? ». Alors, je ne suis ni interprète ni « chant signeuse » et je lui ai proposé de contacter Alice que je ne connaissais pas du tout et la collaboration a commencé comme ça ».

Pour la chanteuse, Alive dépasse l’unique ambition du clip promotionnel, c’est une main tendue vers ceux qui ressentent la musique autrement. C’est aussi une manière de sensibiliser le monde des entendants à une autre perception de la musique, et plus largement, à la perception de la surdité par les personnes entendantes. Noa Moon s’explique : « Je trouve qu’on n’en parle pas nécessairement énormément, la surdité est quelque chose d’assez discret dans le monde du handicap même si je me trompe peut-être (…), je pense que cela se voit forcément moins. Du coup, ce n’est pas pour cela que ça n’a pas besoin d’autant d’investissement dans la visibilité et l’aide pour ces personnes. Enfin de l’aide, je ne suis pas en train d’apporter de l’aide, mais d’essayer d’apporter une ouverture en fait à ce monde-là ».  Son impression est que l’effort d’adaptation est univoque, « ce sont les sourds qui doivent d’adapter au monde des entendants. Tout cela m’a touché et je me suis dit qu’on allait essayer de faire dans l’autre sens. (…) À mes yeux, c’était tout aussi chouette que de faire des photos pour une campagne de sensibilisation. C’est encore plus chouette de faire un clip et de se dire : « tiens, on fait quelque chose de durable qui va pouvoir rester un minimum sur Internet. ».

La poésie du geste pour parole

@ RTBF/auvio - Capture d'écran
Marie Couratin et Noa Moon sur la scène du « Rendez-vous Grand Place », 29 septembre 2017. © RTBF/Auvio – Capture d’écran

Apprendre la langue des signes ne s’improvise pas. Il a fallu quelques semaines à Noa Moon pour apprivoiser ce nouveau langage dont la technique est très expressive. « C’est très difficile en quelques sessions d’apprendre à signer avec les émotions et les expressions du visage. Ça m’a déjà demandé énormément de travail d’être aussi « lisible » au niveau de mon visage, et je sais que j’aurai pu faire encore mieux. (…) L’expression aurait encore pu être travaillée… Marie, se débrouille bien évidemment, mieux que moi », confie Noa Moon.

C’est grâce à Alice Leidensdorf que le texte a pu être traduit en signes. Contactée par Marie pour prendre part au projet, elle craignait que le clip ne reprenne que quelques signes pour l’esthétique de l’exercice plutôt que la réelle accessibilité envers les personnes sourdes. Elle s’est très vite rendue compte que ce n’était pas le cas, « Mais finalement, j’ai vu que Manon était très ouverte et motivée pour que ce soit vraiment un projet qui ait du sens pour les sourds. Elle était prête à apprendre toute la chanson. C’est comme ça que par après nous avons travaillé ensemble sur l’interprétation de la chanson ».

L’interprétation reste, la dimension la plus délicate dans cette traduction spécifique. Alice nous développe la principale difficulté  : « Comme la langue des signes est très visuelle, elle permet également d’aboutir plus facilement au sens même du message. J’ai voulu que l’interprétation parte vraiment ce qu’elle voulait faire passer comme message avec sa chanson à elle, et pas que ce soit une interprétation avec ce que je pensais comprendre, moi, de sa chanson. Du coup, le résultat repose sur un vrai échange entre Manon et moi, avec l’aide de Marie. Après elles se sont entraînées à signer la chanson, en essayant d’être plus expressives, avant le tournage, et voilà le résultat. Manon a aussi veillé à ce que les signes ne soient pas coupés dans le montage ou dans la manière de filmer, ce qui est vraiment chouette ».

La particularité de la traduction

À l’écran Noa Moon, accompagnée de danseurs, expose les paroles sous-titrées en anglais à travers la gestuelle officielle de la Langue des signes francophone de Belgique (LSBF). Par le chant dit signé, la chanson est à la portée de ceux qui ne peuvent pas ouïr. Et plus surprenant encore, elle l’est aussi pour les entendants, car la langue des signes peut être décodée grâce à ces sous-titres. L’ouverture devient double et réciproque.

Pour Alive, la chanson a d’abord été traduite en français, avant de l’être une seconde fois en langue des signes. Choix étonnant puisque l’on sait que la langue des signes n’est pas universelle, pour exemple, la langue française n’est pas signée de la même façon en France, en Belgique ou au Québec, même s’il existe des ressemblances entre les signes.

Noa Moon et Marie Couratin se rejoignent sur la même raison : la situation géographique de l’artiste. Noa Moon nous explique pourquoi il a fallu poser un choix malgré une réflexion autour de la question : « quand je me suis rendue compte avec Marie et Alice qu’on ne traduisait pas universellement, je me suis demandé quel parti je devais prendre. Après, ayant les pieds sur terre et sachant que ma musique tourne principalement en Belgique, (…), je me suis dit que j’allais traduire avec la personne avec qui je travaille, et c’était Alice, et on est en Belgique. J’espère que ça va sortir plus loin, mais Alive, était quand même en anglais, de base. On a donc traduit le texte anglais en phrase en français et, à partir de là, Alice a interprété. Ce que je voulais traduire c’est une histoire et pas des mots en particulier. C’est pour ça que les sourds et les malentendants vont pouvoir traduire les signes et si, ils se posent des questions, il y aura les sous-titres ».

Elle espère une large diffusion de ce genre d’initiative : « Je me dis que c’est la démarche qui est intéressante et qu’il n’est pas possible que d’autres personnes sourdes d’autres pays ne voient pas du tout où ça veut aller en langues des signes. Elles sont assez communes, et peut-être que je m’avance, mais pour avoir regarder quelques vidéos sur la différence des signes ça va quand même très vite. J’espère qu’il y aura une portée en dehors de la Belgique aussi. Sur le net, il y a quand même des vidéos avec des gens qui signent des chansons ou qui traduisent. Du coup, le plus chouette serait de voir que ça se traduit dans d’autres pays et que le clip tourne ».

Le message est lancé, à bon-ne entendeur-euse … et bon-nne signeur-euse.

Exemples de chansons francophones exclusivement signées connues,

  • Savoir Aimer – Florent Pagny, 1998
  • Je Vole – Louane, 2015
    … et bien d’autres (n’hésitez pas à nous le faire savoir).

La rentrée de Sarina Cohn

Pour notre premier numéro, nous avons rencontré Sarina Cohn. La jeune femme de 23 ans donne des cours de chant à Louvain-la-Neuve ou Bruxelles. Dans l’échange, elle nous explique comment chanter de façon saine pour préserver sa voix. Nous vous invitons à écouter le podcast.

Sa page officielle : Sarina Music

© Sarina (Official)
© Sarina (Official)

Retranscription 

M.T. : Bonjour à toutes et tous.
Bienvenue pour ce premier numéro de notre chronique. Septembre est souvent synonyme de rentrée pour tout le monde. C’est aussi le cas pour notre invitée, Sarina Cohn, professeure de chant.

S.C. : « Je vais me présenter déjà, je m’appelle Sarina Cohn, j’ai 23 ans presque et je suis chanteuse à la base lyrique. »

M.T. : Mais pas seulement, l’artiste chante ses propres compositions et réalise des covers, autrement dit, des reprises, en passant de la musique celtique à Adèle. Sarina pratique le chant et la musique depuis ses 5 ans. C’est avec sa grand-mère que tout a démarré. Elle nous explique en quoi, c’est important pour elle, aujourd’hui d’enseigner.

S.C. : « En fait mon but, c’est de faire, d’abord le lien entre la musique lyrique et les autres types de musique. Et aussi, le fait que la musique, c’est vraiment quelque chose qui peut être utilisé. Cela peut être faire de la musique pour faire de la musique, ce qui est génial ou utiliser pour développer d’autres choses. En fait, c’est comme « travailler en s’amusant », c’est « siffler en travaillant » de Blanche Neige. Je n’aime pas du tout cette chanson, mais j’aime bien ce proverbe là ».

M.T. : Sa méthode d’apprentissage se base sur une méthode bien particulière 

S.C. : « Alors moi, ce que j’essaie en fait, le point commun à tous mes cours, c’est de proposer une technique vocale qui soit saine, qui va permettre de chanter sans stress, en se faisant plaisir et sans se faire mal surtout – M.T. : « Sans se faire mal ? C’est-à-dire ? » – C’est-à-dire que quand beaucoup de gens chantent, ils ont mal à la gorge après parce qu’ils font travailler beaucoup beaucoup beaucoup leur cordes vocales ». 

M.T. : C’est le corps tout entier qui devient votre instrument

S.C. : « Ce que j’essaie de montrer à mes élèves, c’est, en fait, les cordes vocales n’ont rien à voir avec le chant. Elles vibrent à cause ou plutôt grâce à l’air qui passe, mais qui vient de notre ventre, qui vient de notre diaphragme, qui remonte, qui remonte, qui remonte et qui sort. C’est ça qui crée le son. Alors on peut chanter Withney Houston « I will Always Love You » (1992) avec cette technique là donc on peut chanter fort, avec de la force, avec du peps, mais on ne va pas se faire mal, on ne va pas tuer sa gorge ni se retrouver avec des nodules parce qu’on a trop forcé sur son larynx ».

M.T. : Donc le chant, c’est une histoire de respiration ?

S.C. : « C’est une histoire de respiration. C’est un histoire de prise d’air et surtout d’expulsion d’air. En chant classique, on dit « chanter sur le souffle », en fait. Il est toujours là, c’est lui qui permet de servir de base à notre chant ».

M.T. : Est-ce que tu pourrais nous faire, par exemple une petite démonstration simple pour que les auditeurs entendent, concrètement, ce que c’est ?

S.C. : « Alors, c’est une chanson qui s’appelle « Riverside » que peut-être, beaucoup de gens connaissent parce qu’elle a été reprise par Agnes Obel, il y a quelques années. J’aime beaucoup cette chanson, je la chante beaucoup en concert ».

EXTRAIT 1

M.T. : La prochaine question que je me posais, c’est : faut-il un bagage musical ?

S.C. : « Alors pas du tout, je vais donner un exemple, je le dis tout de suite. Je ne l’ai pas dit dans ma présentation. J’ai un peu joué sur l’arnaque… donc moi, je suis non-voyante et je fais le conservatoire dans les dernières années. J’ai jamais lu une seule partition de ma vie, j’ai un certificat de solfège, mais j’ai toujours tout fait à l’oreille… donc non, il ne faut pas de bagage musical. Je joue du piano, mais ce n’est pas nécessaire pour la personne de jouer d’un instrument. Si vous voulez venir avec votre guitare, il y a aucun soucis, il y a un piano chez moi, enfin un synthé. Donc non pas du tout, ça peut être aussi une occasion de découvrir justement la musique, découvrir comment on peut utiliser sa voix. Je donne un petit exemple : j’ai eu une comédienne, l’année dernière en cours. Son but n’était pas du tout de faire de la musique pour faire de la musique, de la grande musique, mais c’était de découvrir sa voix chantée. Parce qu’on a une voix parlée et une voix chantée. C’était aussi pour apprendre à poser sa voix et pour apprendre à mieux contrôler sa voix qu’elle utilise tout le temps, en fait. C’est valable pour les comédiens, les profs, les juristes … – M.T. : Les journalistes aussi d’ailleurs … – tout à fait les journalistes également (rires), je ne les ai pas encore eus en cours, pourquoi pas, peut-être un jour… ».

M.T. : Et le solfège comment l’appréhende-t-on ?

S.C. : « Le solfège peut s’appréhender avec son corps. Déjà, moi, je donne aussi même si ce n’est pas l’objet ici de ce cours, mais si besoin, même en cours de chant, je donne aussi des notions d’harmonie, des notions de solfège de base si la personne en a besoin. En fait, le solfège est quelque chose qui se ressent très fort dans le corps quand on ne peut pas l’appréhender, d’oreille pour ceux qui veulent le faire d’oreille, mais aussi, il y a moyen de battre la mesure *frappe dans les mains*, il y a moyen de savoir : ici, je suis en train de battre une mesure en quatre temps, je peux passer à des mesures en trois temps, en cinq temps, en six temps, en sept temps. Ce n’est pas très utile, mais c’est pour montrer qu’il y a moyen. Donc, comment faire battre la mesure à une personne ? Comment apprendre à une personne à jouer ou à chanter en rythme ? Cela s’apprend avec le corps, c’est le corps qui sent le rythme et le cerveau au travers du corps et ensuite, on peut jouer en rythme par exemple ».

M.T. : Vous l’avez donc compris, c’est un cours à partir de 7 ans et de tout niveau. Elle donne des cours à son domicile à Louvain-la-neuve et à Bruxelles.

L’accessibilité de tes cours ? Le prix, etc. Comment ça se passe concrètement avec toi, chez toi ?

S.C. : « Alors, je vais prendre le mot « accessibilité » dans les deux sens du terme, c’est-à-dire au niveau prix d’abord. Quand, je suis en cours particulier normal, je prends trente euros de l’heure, mais on peut choisir de prendre un cours de 45 minutes ou d’une demie-heure, ce qui va faire 20€/45 min et 15€/30 min. Pour les étudiants, le calcul peut se faire aussi, c’est 20€ de l’heure. Et après, je vais utiliser le mot « accessibilité » dans un autre sens. Vu que je suis non-voyante, je suis  évidemment plus sensible à tout ce qui est accessibilité aux PMR (Personnes à Mobilité Réduite), aux handicapés, etc. Il y a moyen de me contacter si jamais, c’est pour des raisons d’accessibilité pour que je me déplace aussi ». 

M.T. : En plus de donner des cours, Sarina Cohn est actuellement en préparation pour son tout premier album. En parallèle, elle recherche à se produire en concert. Si vous êtes intéressés de suivre Sarina Cohn, rendez-vous sur sa page officielle. Mais avant de nous quitter, voici encore un extrait a capella que l’artiste nous partage. Merci de votre écoute.

EXTRAIT 2.

Noa Moon : « Sparks est vraiment une chanson qui invite à s’écouter »

Cette interview est un peu particulière par sa formule, nous avons analysé, dans le cadre d’un travail universitaire, le single Sparks paru sur l’album Azurite, sorti le 21 avril dernier. Malgré les articles de presse, ou pour avoir écouté plus de 30 fois cette chanson … il nous manquait le point de vue de l’artiste, mais il nous fallait surtout la genèse autour de la création de Sparks. C’est par téléphone que nous avons eu cet entretien avec Manon Carvalho Coomans, alias Noa Moon.

Image : © Reflextor

Manon Thomas : Quelles ont été tes sources d’inspiration pour créer la chanson Sparks ? Est-ce aussi grâce à la mer du Nord comme tu l’avais déclaré dans plusieurs interviews?

Noa Moon : « Je ne sais plus où je l’ai composée celle-là…, en tout cas c’en est une des premières. Je crois que je l’ai composée chez moi … Mais, peu importe un petit peu, où j’écris les morceaux, il faut que je sois dans de bonnes conditions, c’est-à-dire : se sentir bien, avoir envie d’écrire ou ressentir quelque chose de bien précis pour pouvoir le retranscrire dans une chanson. Ce que j’expliquais dans les interviews : sur cet album, il y a eu beaucoup d’hésitations, beaucoup de recherches personnelles sur ce que je voulais raconter sur ce que j’avais à dire. Puis, il fallait que je parle de choses qui me parlent parce que, si je ne parle pas de quelque chose qui est lié à mon ressenti, je vais avoir du mal à le défendre sur scène. J’ai besoin d’être sincère et parler de chose que j’ai ressentie tout simplement ».

Prendre le temps pour cet album

« Ces deux ans d’écriture et d’enregistrement d’album ont été deux ans où je me suis posé énormément de questions avec des flottements. Je n’arrivais pas à savoir comment m’écouter. Sparks (NDLR: étincelles) parle de ça, de la capacité à savoir s’écouter. On m’a toujours dit d’écouter ma voix à l’intérieur. On a tous un espèce d’instinct où l’on sait que quand on doit faire quelque chose ou de ne pas le faire. Cette espèce de lutte entre l’ombre et la lumière que l’on peut avoir entre. Il y a des gens qui disent que, dans la vie, on décide de nourrir à côté ou l’autre, je ne pense pas que ce soit si noir et blanc justement. Cette lutte-là est parfois dure à vivre pour certains, et Sparks est vraiment une chanson qui invite à s’écouter. Dans chaque chose négative qui peut arriver dans une vie, on peut en apporter une positive cachée derrière. (…) Il y a tout le temps des choses à traverser ou à gravir et on en est capable. (…) je suis assez fort dans la métaphore ».

Considères-tu Sparks comme une chanson de rock ?

« Je ne sais pas du tout où elle se situe et je ne connais pas les critères « rock », mais je dirai que c’est plus de l’electro-pop et encore il y a un truc un peu « tribal » dans les percussions (…). J’avais envie d’une ambiance un peu plus jingle, plus directe. Il y a énormément de musiques du monde qui sont ultra directes, et où le rythme nous prend directement. Parfois, je trouve que c’est quand il y a le moins d’artistes autour que la musique va directement au coeur, comme dans la musique africaine que j’ai beaucoup écoutée. Parfois, il n’y a pas du tout d’arrangement, mais il y a une manière de faire des sons de la musique du monde, qui ont et un rythme et un son…. presqu’une note dans les percussions. C’est ce que j’ai voulu pour Sparks comme mouvement mélodique et rythmique. C’est parti d’un hasard aussi, car j’ai trouvé une partie rythmique déjà prête dans une banque de son, je n’ai eu qu’à la placer dans mon programme, Sparks a été articulée autour en fait. Par rapport à la démo originale d’ailleurs, il y a beaucoup moins de claviers que dans la version de l’album. Le rythme me permet d’avoir des tableaux des chansons et, en fonction de cela, j’écris le texte sur ce que cela m’inspire ».

On sent que la chanson est une histoire …

« C’est une des rares chansons qui est un peu contée sur l’album comme Night Walk et Kaléidoscope. C’est une progression plus qu’un enchaînement de faits. C’est aussi ma manière d’exprimer les choses en général, mais de façon plus forte ».

Souvent, tu déclares ne pas te considérer comme musicienne, pourtant tu es à la base de la création. Peux-tu nous en dire plus ?

« Disons que je compose sans pour autant gérer des instruments, mise à part la guitare, mais pour le reste c’est un peu de l’expérimentation. Ce n’est pas comme si je prenais mon clavier et que je savais exactement ce que je voulais jouer, ou quel son je recherchais. Un musicien, c’est quelqu’un qui peut recevoir des demandes aussi, pas tous, ce n’est pas une caricature. Sur cet album, j’ai bossé avec un programme informatique dans lequel il y a une bande de sons. Du coup, il y a plein de sons différents. J’ai un clavier MIDI que je branche sur mon ordinateur. Mais, il y avait trop de sons, je ne savais pas quoi choisir. J’ai eu besoin de personnes qui pouvait amener mes compositions à quelque chose de plus musical et de plus précis en fait. En dehors, de la musicalité, il y a tout un côté technique que je ne gère pas. Parfois, je n’arrive à reproduire un son que j’entends sur d’autres disques que j’aime bien. Quels choix à faire aussi ? Quelle sorte d’instruments prendre ? Quel choix de synthés ? etc. Tout cela, je suis assez limitée, mais ce n’est pas un souci parce que, ce que j’aime c’est composer et trouver des mélodies. J’ai plus envie de dire que je suis mélodiste que musicienne et auteur parce que j’écris mes textes ».

Ne pas tout connaître de la musique préserve sa spontanéité artistique

« Je trouve ça génial aussi d’aller, de façon un peu maladroite, d’essayer des sons. Si tu connais trop aussi les sons, il y a des choses parfois moins folles qui peuvent sortir de la musique. Par exemple, quand je découvrais un son de clavier, j’essayais de mélanger avec le son de ma guitare électrique. Peut-être que quelqu’un m’aurait dit, avant, ça va être dégueulasse, ne le fais pas, et enlever le côté spontané. Il y a ce côté innocent qui est chouette aussi de faire de la musique sans tout connaître d’un point de vue technique ».

Tu trouves que ton album n’est pas assez engagé. Que sous-entends-tu par-là ?

« Je crois que c’est un mélange d’engagements artistique et personnel. Je me dis qu’il y a encore tellement d’injustice encore aujourd’hui pour lesquelles on peut se battre. Cela m’a toujours touché, moi, dans la musique. Surtout quand j’ai commencé à écouter de la musique, mais de manière un peu plus consciente quand j’étais adolescente. J’écoutais beaucoup de trucs sur la période Woodstock. Il y avait des idées, des choses à défendre. Je me suis toujours dit que si j’étais née dans ces années-là, ça m’aurait trop fait plaisir d’essayer de véhiculer des messages positifs ou d’essayer de faire bouger des idées. Aujourd’hui, je crois que j’en ai tout à fait les moyens et que je ne fais pas nécessairement. Que ce soit pour plein de causes différentes, car en 2017, il y a encore pas mal de choses à faire et il y a trop d’exemples ». (NDLR : pour rappel, Noa Moon a été la marraine d’Action Damien en 2014 au Congo et a participé aux Francofolies de Kinshasa).

As-tu quelque chose à rajouter ?

« Merci de m’avoir donnée la parole (…) et puis que l’album plaira au plus de monde possible« .

Noa Moon est disponible sur sa page Facebook et retrouvera le public aux Fêtes de la Musique à Bruxelles, le 24 juin, le 22 juillet aux Francofolies de Spa et le 5 août à Ronquières.

Etudier avec un handicap ? Une réalité possible avec PEPSin

Le service PEPSin (anciennement Aide Handi jusqu’en 2017) est une cellule spécifique du service d’aide aux étudiants, spécialement destinée aux étudiants porteurs d’un handicap (moteur ou sensoriel). Depuis 1991, ce service accompagne ses étudiants dans leur parcours universitaire. Depuis 2011, une reconnaissance de statut a vu le jour au sein de l’Université Catholique de Louvain (Belgique).

Cette reconnaissance permet de faire le lien entre les facultés et les étudiant.e.s concerné.e.s. Il permet, par exemple, la mise en place d’aménagements pour ces étudiants qui doivent, au préalable, faire reconnaitre leur situation de handicap auprès des administrations de l’AVIQ pour la région de Wallonie et le PHARE pour la capitale. PEPSin ne regroupe que les étudiants en situation de handicap, mais ceux-ci ne représentent qu’un échantillon de toute la population estudiantine PEPS (Projet pour Etudiants à Profits Spécifiques).

Depuis 2013, le statut regroupe aussi les sportifs de haut niveau, les musiciens professionnels, etc. En 1991, selon une source sûre, les étudiants en situation de handicap étaient au nombre de 7. Avec l’arrivée du statut PEPS, en 2011, on dénombrait 82 pour arriver jusqu’en décembre 2016 à 285 étudiants, soit une augmentation de 247% sur une période de 5 ans.

Rappelons que cette représentation reste mineure de la population globale des 29. 993 étudiants inscrits à l’UCL (tous les sites compris) en 2016, soit 0,95%. Par contre, s’il on reprend uniquement le chiffre du site de LLN  (20.829), ce pourcentage est à 1,36.

En 2018, le nombre d’étudiants PEPS est de 390, 36,84% de plus par rapport à 2016.

Celles et ceux qui sont passés via PEPSin témoignent. Toutes les informations sur le statut PEPS : http://uclouvain.be/fr/etudier/peps 
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