Principe d’accessibilité : le droit ouvre la porte, la réalité laisse le seuil infranchissable en Belgique

© Photo : J.H., Manon THOMAS se déplace en chaise roulante manuelle. Convoquée à un examen médial chez un médecin dont l’entrée est inacessible pour les PMR.

Convoquée à un contrôle médical dans un cabinet inaccessible aux Personnes à Mobilité Réduite (PMR), désigné par l’ONEM. Ce contrôle officiel a été enclenché à la suite d’une demande particulière liée à notre situation de handicap(s) individuelle, déjà reconnue. Une fois arrivée sur les lieux, nous avons constaté des marches à l’entrée: ni rampe ni accès adapté. Un paradoxe qui interroge le respect réel du principe d’accessibilité heurté à ses limites pratiques et administratives.

Quatre marches et tout espoir d’autonomie et d’accès aux soins, de dignité s’évapore. L’aide humaine sur place a pallié à cet obstacle de leur hauteur et restauré cet espoir. Sans elle, nous n’aurions pas pu effectuer le contrôle, au risque d’être mise en défaut. Ces escaliers symbolisent à eux seuls ce décalage entre le droit d’inclusion et la réalité vécue, à géométrie à la fois individuelle et contextuelle. Cette réalité en décalage en ressentie plus ou moins violemment, comme en atteste les dizaines de témoignages reçus et relayés sur les réseaux sociaux.

Démêler les fils des enjeux juridiques et de la responsabilité

« C’est la première fois qu’un tel signalement nous parvient. En tout état de cause, si l’accessibilité à un cabinet via l’entrée principale n’est pas possible, le médecin devrait à tout le moins proposer une solution alternative (une entrée secondaire par exemple). [À] défaut de pouvoir le faire, la désignation d’un autre médecin pour procéder à l’examen médical pourrait avoir lieu. », nous a répondu l’Office National de l’EMploi. L’administration rappelle encore, en réaction aux propos, à notre consoeur Amélie Bruers de la RTBF que « pour procéder à des examens médicaux requis par la réglementation en matière de chômage, l’ONEM fait appel à des médecins qui reçoivent les chômeurs dans le propre cabinet […]. Ces médecins […] sont inscrits à l’Ordre des médecins et donc soumis aux règles de déontologie de cette profession. En principe, les cabinets des médecins sont accessibles à tous ».
À ce titre, le code de déontologie de médecine nous apprend ceci :

« L’équipement d’un cabinet et l’organisation de la pratique doivent permettre au médecin d’exercer sa profession à un niveau de haute qualité et d’assurer la continuité des soins. L’agencement d’un cabinet doit respecter la dignité et l’intimité du patient ».


Chapitre 5 relatif au cabinet médical, art 21 du code de déontologie médicale de 2018

La déontologie n’a aucune force obligatoire, contrairement aux bases légales de la Constitution belge qui doivent respecter les engagements de la Belgique au titre de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CNUPH), ratifiée en 2009. D’après Unia, la réponse de l’ONEM « indique une forme de délégation de la responsabilité » vers les médecins et la responsabilité semble engagée sur différents points à analyser, notamment sur la solution d’aménagement avancée par l’ONEM ,expliquant que « le médecin coordinateur est en fait le médecin-chef de l’ONEM qui chapeaute les médecins agréés par l’ONEM pour effectuer des examens médicaux aux chômeurs. Le problème rencontré concernant un médecin agréé, tant le médecin coordinateur que les services administratifs de l’ONEM ont été requis pour trouver une solution dans le dossier concerné, ce qui a été fait dans un délai relativement bref. […] Le problème d’accessibilité était exceptionnel ». Le Centre interfédéral pour l’égalité des chances « souhaiterait donc intervenir dans cette situation [individuelle] en interpellant les responsables de l’ONEM, pour leur rappeler le cadre légal et les inviter à réfléchir à des procédures structurelles qui permettraient d’éviter ce type de situation et donc toute potentielle situation discriminatoire à l’avenir. » à la suite des propos de l’ONEM, recueillis par la RTBF.

Selon une autre source de l’enquête, la violation de la loi anti-discrimination peut constituer une faute engageant la responsabilité de l’administration en cas de dommage moral chez la personne victime de discrimination avérée. Dans le cas présent, le préjudice est compliqué à déterminer. S’agit-il d’une discrimination indirecte par refus d’aménagements raisonnables ou d’une faute morale par manquement de prévisibilité ?

Le principe d’accessibilité ne demeure-t-il qu’un mirage juridique?

Pour comprendre ce principe d’accessibilité au sens large du terme, quelques notions de droits sont nécessaires à recarder. Les droits humains d’application immédiate et sans condition comme le droit de vote, le droit à la protection contre les traitements dégradants, etc. Comme nous le rappelle Marie-Ange Vandecandelaere, en charge des matières en lien avec le critère du handicap, de l’accessibilité et de l’emploi et de monitoring dans le respect des droits des personnes en situation de handicap pour la Convention ONU chez Unia, « il y a les droits économiques et sociaux comme le droit à l’enseignement, à l’emploi, mais aussi le droit à l’accessibilité. Le citoyen ne peut pas [les] revendiquer directement, [ce] qui nécessite que les États transposent cela dans leurs lois [nationales] afin de pouvoir être mise en œuvre. Ces droits sont d’application progressive ce qui veut dire qu’en ratifiant la Convention ONU Handicap, la Belgique ne s’est pas engagée à rendre tout accessible du jour au lendemain. Son engagement est de rendre progressivement la société accessible. D’une certaine façon, ce principe d’accessibilité au sens large, est un prérequis à l’exercice de tous ces droits qui sont inscrits dans la Constitution belge. L’accessibilité est aussi décrite dans un article spécifique […] qui est l’article 9. [Il] décrit comment les États partis à la Convention mettent en œuvre le droit à l’accessibilité ».

Afin de permettre aux personnes handicapées de vivre de façon indépendante et de participer pleinement à tous les aspects de la vie, les États Parties prennent des mesures appropriées pour leur assurer, sur la base de l’égalité avec les autres, l’accès à l’environnement physique, aux transports, à l’information et à la communication, y compris aux systèmes et technologies de l’information et de la communication, et aux autres équipements et services ouverts ou fournis au public, tant dans les zones urbaines que rurales.

CDNPH

Depuis 2021, la Constitution belge stipule en son article 22ter que « chaque personne en situation de handicap a le droit à une pleine inclusion dans la société, y compris le droit à des aménagements raisonnables. §2 La loi, le décret ou la règle visée à l’article 134 garantissent la protection de ce droit ». L’accessibilité est inhérente à l’inclusion qui donneront selon Marie-Ange Vandecandelaere à de nouveaux recours juridiques : « la deuxième partie de cet article 22ter respecte le principe d’inclusion. Dès que le législateur adopte une nouvelle loi, la Cour Constitutionnelle et le Conseil d’État vérifient si cette loi est conforme au principe d’inclusion. Cela a été le cas avec l’ordonnance bruxelloise ‘Bruxelles Numérique’ qui prévoyait les services publics bruxellois se numérisent de manière automatique, sans avoir la garantie d’avoir toujours accès à un guichet, à un téléphone, à une personne. Les associations ont introduit un recours à la Cour Constitutionnelle en invoquant que le principe d’inclusion n’était pas respecté ». Quant à la jurisprudence relative à l’article 22ter, celle-ci n’est pas encore alimentée selon toutes les sources contactées durant l’enquête. Cela veut dire qu’il y a pas encore d’action en justice qui l’évoque dans ses décisions.

« Par contre, le droit à non-discrimination est d’application immédiate. Cela ouvre quand même des portes juridiquement. Le droit à ne pas être discriminée pour une personne en situation de handicap passe souvent par le droit aux aménagement raisonnables qui sont des mesures concrètes dans des situations précises et au cas par cas. Elles permettent à la personne de participer. Elles visent à compenser un environnement inadapté pour rétablir un forme d’égalité ».

Agenda politique en réponse aux manquements législatifs d’accessibilité

Le politique s’empare doucement de la question. Bob Reeners, ministre fédéral de la Personne Handicapée et de l’Égalité des chances (Vooruit) a annoncé dans un communiqué « que tous les bâtiments publics soient entièrement accessibles [d’ici 2035]. Des maisons communales et des salles de sport aux musées, écoles, centres commerciaux et gares. Les propriétaires de bâtiments qui, après dix ans, ne seront toujours pas adaptés, seront tenus pour responsables (traduit du néerlandais) ». Quant au ministre wallon, Yves Coppieters (Les Engagés) qui ambitionne un décret adopté en 2026 « fixant des normes communes, des obligations progressives et des mécanismes de suivi et de dérogation », ainsi que d’autres mesures qui seraient planifiées jusqu’en 2040. Unia et le secteur associatif se réjouissent de cette avancée, bien qu’il faille une concrétisation de ses actions.

Entre son énoncé, ses promesses et son effectivité à unité de temps variable, le droit belge à l’accessibilité et ses déclinaisons aux niveaux des entités fédérées, franchira-t-il le seuil de l’inaccessibilité, vécu au quotidien par de nombreuses personnes handicapées, pour atteindre son « standard d’accessibilité universel » ?
Y réfléchir est déjà un bâton retiré du chemin. Encore faut-il y apercevoir la ligne d’horizon de notre plat pays, sans buter contre une autre marche.

L’inaccessibilité en chiffre

UNIA a pour mission notamment de recenser le nombre de signalements reçus et le nombre de dossiers ouverts et clôturés pour chaque année civile. Dans son rapport de 2024, 1831 dossiers ont été ouverts sur base de 7577 signalements pour un taux de conversion de 24 %. Un seul dossier peut concerner plusieurs discriminations en même temps, ce qui augmente le nombre de cas comptés par rapport au nombre réel de dossiers. Ces données de contenu sont compilées en statistiques descriptives via deux indicateurs:

  • Les critères dits ‘protégés’, encadrés sur base législative. Le critère du ‘handicap’ est classé troisième a reçu 16 % des signalements, soit 12967 sur 8192 au total, en augmentation depuis 2023, mais globalement stable depuis 2020. Près d’un signalement sur six est lié à une discrimination, un délit de haine ou discours de haine en raison du handicap (graphique 6, p.2). Dans 97 % des signalements, leur nature est une discrimination (graphique 118, p.105). La Wallonie en tête avec 44 % des dossiers liés au ‘handicap’ avec une grande disparité par rapport aux autres Régions, p,95 et 96.

  • Neuf domaines établis par UNIA qui constate que « les critères ‘raciaux’ et le handicap apparaissent le plus fréquemment dans nos dossiers de 2024, à l’exception du domaine ‘vie en société’ », p.44, et précise encore que « nous avons ouvert 582 dossiers relatifs au critère du handicap. Il s’agit à nouveau d’une hausse par rapport aux années précédentes [474 en 2023]. Cette augmentation se retrouve surtout dans les dossiers ‘emploi’ et ‘biens et services’ », p,83.

Les refus d’aménagements raisonnables constituent une violation de la loi anti-discrimination. Ils représentent 194 dossiers soit 15 % et 19 dossiers concernent les bâtiments inaccessibles soit 1 % de tous les dossiers des discriminations signalées et 4 % des dossiers pour le critère ‘handicap’.

Le fossé entre les chiffres avec la réalité se creuse

Ces chiffres esquissent un échantillon sans pour autant être représentatifs puisque le manquement en accessibilité physique en Belgique n’existe simplement pas, comme nous l’explique Marie-Ange Vandecandelaere, en charge des matières d’accessibilité en lien avec le critère du handicap: «Les signalements ‘accessibilité’ sont difficiles à comptabiliser alors qu’en fait nous avons régulièrement des personnes en situation de handicap qui nous contactent par rapport à un problème d’accessibilité. Nous avons peu de data pour objectiver et quantifier le manque d’accessibilité [ndlr : hormis quelques opérateurs privés] comme il y a peu de monitoring. Une stratégie de mise en accessibilité avec des obligations devrait y remédier afin d’avoir une image de ce qu’il faudrait améliorer ».

Croissance mortelle

La courbe de mortalité et de dégradation de l’environnement suit celle de la production.

477 milliards d’euros de chiffres d’affaire de l’exportation des pesticides de l’Union Européenne en 2020, soit 35% de plus qu’en 2016 quand la Belgique est premier exportateur européen de pesticides interdits, avec 41 000 tonnes dont des néonicotinoïdes « tueurs d’abeilles ». La dépendance actuelle aux pesticides en est le facteur.

Les lobbys incitent les gouvernements et institutions aux intérêts économiques. L’allemande Bayer a ainsi rallié son gouvernement après son acquisition de Monsanto contre 59 milliards d’euros en 2016. Or, Roundup, nom commercial du glyphosate est le produit phare de Monsanto. Cancérigène, le glyphosate reste en vente par intérêt économique.

11 000 décès

Depuis les années 60, les multinationales clament de doubler la production alimentaire pour nourrir la population mondiale. Ce modèle économique productiviste crée la dépendance aux engrais chimiques. Jusque-là, 821 millions d’humains souffrent de faim. En plus de l’impact environnemental et les 11 000 morts par an dans des pays importateurs.

Des alternatives durables existent pourtant. « La production alimentaire mondiale est environ 1,5 fois supérieure aux besoins alimentaires des 8 milliards d’êtres humains. », écrit Supporterres, le magazine de Sos Faim de mars 2023. Mais lespolitiques commerciales et taxes import-export haussent les prix des produits agricoles, selon Sos Faim.

C. OBAMA

Totaux en KG des pesticides bannis en UE de la Belgique. Chiffres SPF Santé Publique – Image : M.T.

Export de pesticides bannis : la Belgique veut étendre l’interdiction hors UE

Prochainement, Zakia Khattabi soumettra un projet d’arrêté royal sur l’interdiction d’exportation des pesticides hors de l’UE. Ce texte devra être validé par le Conseil des ministres et le Conseil d’État en vue d’une publication au Moniteur belge, espérée avant la fin de la législature fédérale de 2024.

La Belgique emboîtera-t-elle le pas à la France et légiférera-t-elle sur l’exportation des pesticides prohibés dans l’Union européenne ? Actuellement, le projet sur l’export ban est discuté en interne à la suite de l’avis favorable de la Commission européenne, le 2 mars 2023. Celui-ci doit être présenté devant le Conseil des ministres, mi-avril. Selon une source proche du Cabinet Khattabi, certaines modifications pourraient encore y être apportées. Différents organes de la société civile ont suggéré des propositions quant à ce projet d’arrêté royal repris dans un avis commun du 27 mars 2023.

Un plan bidirectionnel

« On espère que nos autres partenaires fédéraux seront favorables, sachant que les ministres de l’Économie et de la Santé le sont déjà. »

Le texte est validé

• Il est ensuite envoyé au Conseil d’État qui rend son commentaire le mois suivant
• Il est directement intégré à la version du projet ou non (en justifiant le pourquoi)
• Les ministres Zakia Khattabi (ECOLO) et Frank Vandenbroucke (Vooruit) cosignent l’arrêté royal pour publication au Moniteur belge.

L’échéance de l’entrée en vigueur de la loi fait toujours débat. Elle est annoncée à trois mois, la société civile en demande trois de plus et les industries quinze.

Le texte est refusé

 « Nous avons notifié le Conseil de l’Europe pour nous assurer que nous n’enfreignons pas à la directive européenne. »

L’étape ultime pour le Cabinet Khattabi sera d’interpeller la C.E. jugée « lente à réagir » par la société civile. En 2024, année électorale, la Belgique prendra aussi la présidence du Conseil européen. Une opportunité, selon les Verts, d’être pionnière dans le débat des exports, forte de son arrêt royal si ce dernier est amendé.

La notification PIC dans la ligne de mire

Le futur texte a pour but de stopper un commerce à deux vitesses. L’UE interdit la mise sur le marché de plusieurs pesticides et de substances actives, mais pas leur production ni l’exportation vers des pays importateurs. Ce commerce, bien légal, est jugé « éthiquement insupportable » selon la ministre de l’Environnement. L’arrêté vise la fin des notifications Prior Informed Consent ou l’envoi de produits interdits hors de l’UE.
Le SPF Santé Publique recense une vingtaine de pesticides exportés (sur les 207 prohibés en UE). Cette liste serait la référence pour l’arrêté royal avec des mises à jour de données, au minimum tous les deux ans.

M. THOMAS, E. NAÔMÉ.

Pictogrammes d'étiquetage des produits chimiques (nouvelle génération). © Antoine2K | Getty Images

L’export ban: la fin de l’effet boomerang ?

La Belgique deviendra-t-elle l’exemple dans l’interdiction d’exporter des pesticides dangereux ? C’est ce que défendent les Ministres fédéraux de L’Environnement et de la Santé via leur projet d’arrêté royal sur la fin de ces exportations légales hors UE.

Si l’utilisation dans l’UE est proscrite, l’exportation ne l’est pas. La société civile et les ONG appellent la Commission Européenne à statuer sur l’exportation à l’instar de la France, de l’Allemagne et maintenant, de la Belgique avant 2024. Les exportateurs s’y opposent, pour défendre leurs intérêts économiques et l’emploi : 477 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2020 des exportations de l’UE, 41 000 tonnes de la Belgique.

20 pesticides « belges » interdits de commercialisation en UE se retrouvent quand même dans nos assiettes, en plus d’impacter la santé des agriculteurs, de la faune et la flore à l’autre côté du globe. Les bananes que nous importons des Philippines, sont cultivées et aspergées de carbendazime, un fongicide toxique pour les poissons.

Découvrir le dossier [1], [2], [3]

Célestin OBAMA et Manon THOMAS | En collaboration avec l’Ecole de Journalisme de Louvain

Jeter son mégot par terre, en toute impunité?

Quand on sait que le mégot de cigarette est un des déchets les plus toxiques pour l’environnement et pour la santé, on se demande pourquoi les pavés de la cité néo-louvaniste en sont quotidiennement jonchés. « Le sol n’est pas un cendrier », tel est le slogan que l’on peut lire sur les affiches – publiées par la Ville et l’UCLouvain –  placardées le long du parcours de la Finlandaise, aux abords du Lac.

Ce déchet n’a rien d’anodin puisqu’à lui seul, il peut contaminer près de 500 litres d’eau (NDLR : selon la page Leo Not Happy) . Ce type d’infraction, quand elle est constatée, peut coûter une amende allant de 25 euros à 350 euros. Pourtant dans les faits, cette incivilité n’est que peu sanctionnée. Comment l’expliquer? La rédaction de RollingNews a mené l’enquête.

Dura lex sed lex

Que dit la loi au juste? Elle est inscrite au Moniteur Belge depuis le 24 juin 2013. Cet acronyme SAC désigne Sanctions Administratives Communales et est une amende pour tout individu commettant une incivilité à partir de 14 ans (uriner sur la voie publique, dégradation de bâtiment, jeter les mégots de cigarette dans la rue). Cette loi autorise la commune et la police à collaborer pour lutter contre des infractions de toute sorte, pour rester simple. Au niveau local, tout le territoire de la commune est sous l’autorité d’un même règlement de police. Les SAC s’établissent en deux temps :  d’abord, le constat de l’infraction est fait par un agent de police, ou dans le cas d’O-LLN par un fonctionnaire sanctionnateur indépendant, ensuite la sanction est actée par la commune et pénalisée d’une amende. La commune ne peut cependant pas appliquer une sanction administrative et une sanction pénale pour les mêmes infractions.

Un délit « mineur » ?

Pas une seule fois ce terme précis de « mégot » n’est repris dans le Règlement Général de police de la zone d’Ottignies-Louvain-La-Neuve alors que le terme « cigarette » y est mentionné  une unique fois, en son article 95 : « Il est interdit de déverser des graisses et huiles usagées dans les égouts, avaloirs publics et fossés, ainsi que d’y jeter tout objet ou matière, tels que notamment les cigarettes ».

© M.T pour RollingNews. Avaloirs sur la Place de l’Accueil bouchés par des déchets dont des mégots.

Le Commissaire de police de la ville, Yves Lagrange, précise que les mégots ne sont pas des déchets particuliers, mais englobés dans une règle plus générale et difficiles à mesurer du reste des infractions commises. « À l’article 80.3 prévoit de manière générale la propriété sur la voie publique : « qu’il est défendu de détériorer, d’endommager ou de souiller la voie publique et les bâtiments . Cette règle générale peut être utilisée par les mégots, pour un dépôt de sacs poubelle, etc. Il y a aussi un article qui prévoit qu’il est interdit de déposer des petites poubelles dans les poubelles publiques ». Il stipule aussi que les propriétaires d’animaux doivent disposer d’accessoires pour nettoyer les déjections, les dépôts clandestins, etc ».

Des flagrants délits rarissimes

Nous avons reçu des résultats partiels de statistique, ce qui explique la haute proportion des catégories « Autres » qui comptabilisent plusieurs infractions reprises dans le règlement. Si l’on suit l’analyse du Commissaire, il y aurait donc 5 SAC liées à l’article 80.3 soit 2,65% de probabilité qu’il s’agisse bien de mégot de cigarette. Cette probabilité n’est pas un chiffre réel et demeure impossible à vérifier, mais elle permet de donner une idée de la proportion d’infractions comparée, pour exemple, à celle des tapages nocturnes de 33% (soit 198 des SAC) pour l’année 2017.

En pratique, sanctionner pour un mégot reste exceptionnel et non prioritaire pour la police locale : «  pour les mégots, pour nous en tout cas, sincèrement ce n’est pas vraiment une priorité puisqu’on a quand même par rapport aux chiffres d’autres comportements qui eux, sont totalement intolérables comme les gens qui urinent sur la voie publique, il y a le problème de l’insalubrité et aussi de l’outrage public aux bonnes mœurs. Des gens, des enfants, etc., ne sont pas obligés de supporter de genre de spectacle-là, les déchets, les sacs, etc., sont pour nous des priorités. (…) Imputer à quelqu’un le fait de jeter son mégot de cigarette suite à notre présence est rarissime, je ne m’en souviens même pas une seule fois. C’est un peu comme les gens qui jettent des déchets par la fenêtre de leur voiture, ils ne vont pas le faire si on est en uniforme devant eux, c’est sûr (rires) ».

De 25 à 350 euros d’amende

Rare mais pas impossible. A Mons, depuis mai 2018, vient d’être instaurée une amende de 100€ en cas de jet de mégot à terre. À Ottignies-Louvain-la-Neuve, l’infraction reconnue sera validée par un fonctionnaire sanctionnateur. Bien que les agents de police peuvent relater les faits dans lesquels s’est déroulée l’infraction, ce fonctionnaire reste totalement indépendant de la commune ou de la police selon un arrêté royal comme nous l’explique Yves Lagrange : «  La personne qui s’est rendue coupable d’une infraction par rapport au Règlement Général de Police peut encourir, notamment, une redevance qui varie entre 25 et 350 euros. Cette amende est prononcée par fonctionnaire sanctionnateur qui ici à Ottignies-Louvain-la-Neuve, nous est propre, il y en a qui sont provinciaux. Ici, à la commune, des personnes dites «  de niveau A » gèrent les dossiers une fois que le constat a été fait. Ils convoquent les gens et déterminent les sanctions qui sont applicables. Cette sanction n’est pas nécessairement en termes d’argent, elle peut être une réparation ou un travail d’intérêt collectif. Il y a plusieurs solutions ».

… qui varie selon l’âge du contrevenant

« Il module sa sanction en fonction de l’âge, s’il s’agit d’un mineur l’amende ne s’élève pas plus que 175 euros et la médiation est utilisée. En général, ici, il y a quand même une majorité de majeurs en tout cas qui sont susceptibles de le faire donc ça peut aller jusqu’à 350 euros (NDLR : suivant l’article 4, §1°1). Le fonctionnaire sanctionnateur est tout à fait libre par rapport au montant qu’il/elle décide et le fait selon la propre jurisprudence qu’il/elle constitue au fur et à mesure des sanctions qu’elle prend, et des circonstances. Si la personne qui a jeté son mégot, pour le cas d’exemple, est virulente par rapport au policier qui lui fait la remarque ou plutôt indifférent et l’envoie promener, et que ce fait est relaté tel quel dans le constat, c’est sûr que la sanction sera peut-être plus importante que celui qui fait « amende honorable » et ramasse son mégot. Tout ça, c’est une question de circonstances ».

Ce qui fait débat : la prise de responsabilité face à cette pollution

Louvain-la-Neuve a cette particularité qu’une partie du territoire appartient à la ville et une autre à L’UCL (comme le Lac), à des particuliers, commerces et secteur HORECA. Julie Chantry (ECOLO) échevine à l’environnement pointe aussi la responsabilité de l’habitant.e, tout en rappelant aussi que la ville s’occupe des espaces publics et non privés : « C’est vraiment utile de s’occuper de la question des mégots, mais ça doit faire partie de la sensibilisation des utilisateurs comme pour beaucoup d’autres déchets. Augmenter le ramassage, augmenter les possibilités, rajouter des poubelles, etc. C’est bien, mais il faut qu’il y ait une part de conscientisation. On doit faire avec les citoyens qui doivent prendre leur part de responsabilité. »

© M.T. pour RollingNews Poubelles et cendriers publics près de la Place Rablais.

La question des mégots ne serait que la pointe de l’iceberg pour les différents acteurs. Il y a la gestion du nettoyage, du découpage territorial et du matériel mobilier urbain à disposition. La ville compterait 30 cendriers en rue, selon Dorothée Herbant , l’écoconseillère de la commune. Du côté des citoyens, on réclame plus de poubelles. Pourtant, l’initiative avait été tentée et générait d’autres incivilités et des risques d’incendie comme nous le raconte le Commissaire Lagrange : « Le problème est plus complexe que de dire qu’il n’y a pas assez de poubelles parce qu’on avait des poubelles sur le piétonnier de LLN au départ qui est étaient destinées aux petits déchets ménagers. Certaines étaient trop évasées et accueillaient des sacs poubelles presque entiers et donc on a dû réduire l’ouverture. Autre souci, toujours par rapport aux mégots, est qu’à partir du moment où vous stocker un certain nombre de déchets ménagers dans une poubelle et que vous jetez un mégot, on avait des incendies de poubelles (rires) et donc, on pourrait avoir comme à la sortie du commissariat, des cendriers tout à fait propres aux mégots, qui n’acceptent pas les déchets ménagers ».

L’appel à la sensibilisation et la mobilisation

Le 27 juin dernier a eu lieu la deuxième opération BeWAPP, initiative soutenue par la Région wallonne qui consiste à sensibiliser aux problèmes des déchets et à la pollution des espaces publics. Pour cette édition, l’attention s’est portée sur un déchet précis : le mégot de cigarette.  Selon la chaîne TVCom, les participant.e.s étaient plus d’une dizaine et ne se sont pas contentés de ramasser uniquement les déchets des fumeurs et des fumeuses. Cet élan citoyen fait également suite à la première édition du Ramass’clope dans la lignée du mouvement « Leo Not Happy ».

Comment la presse francophone parle-t-elle des violences faites aux femmes ?

En collaboration avec l’UCL et plusieurs collectifs actifs dans le domaine (SOS Viol, Collectif des Femmes,..), l’AJP et moi-même avons réalisé cette enquête durant ces quatre derniers mois. La présentation des résultats se fera le jeudi 19 avril dès 9H. Au plaisir de vous y croiser et d’en débattre.

Les résultats de l’étude