Principe d’accessibilité : le droit ouvre la porte, la réalité laisse le seuil infranchissable en Belgique

© Photo : J.H., Manon THOMAS se déplace en chaise roulante manuelle. Convoquée à un examen médial chez un médecin dont l’entrée est inacessible pour les PMR.

Convoquée à un contrôle médical dans un cabinet inaccessible aux Personnes à Mobilité Réduite (PMR), désigné par l’ONEM. Ce contrôle officiel a été enclenché à la suite d’une demande particulière liée à notre situation de handicap(s) individuelle, déjà reconnue. Une fois arrivée sur les lieux, nous avons constaté des marches à l’entrée: ni rampe ni accès adapté. Un paradoxe qui interroge le respect réel du principe d’accessibilité heurté à ses limites pratiques et administratives.

Quatre marches et tout espoir d’autonomie et d’accès aux soins, de dignité s’évapore. L’aide humaine sur place a pallié à cet obstacle de leur hauteur et restauré cet espoir. Sans elle, nous n’aurions pas pu effectuer le contrôle, au risque d’être mise en défaut. Ces escaliers symbolisent à eux seuls ce décalage entre le droit d’inclusion et la réalité vécue, à géométrie à la fois individuelle et contextuelle. Cette réalité en décalage en ressentie plus ou moins violemment, comme en atteste les dizaines de témoignages reçus et relayés sur les réseaux sociaux.

Démêler les fils des enjeux juridiques et de la responsabilité

« C’est la première fois qu’un tel signalement nous parvient. En tout état de cause, si l’accessibilité à un cabinet via l’entrée principale n’est pas possible, le médecin devrait à tout le moins proposer une solution alternative (une entrée secondaire par exemple). [À] défaut de pouvoir le faire, la désignation d’un autre médecin pour procéder à l’examen médical pourrait avoir lieu. », nous a répondu l’Office National de l’EMploi. L’administration rappelle encore, en réaction aux propos, à notre consoeur Amélie Bruers de la RTBF que « pour procéder à des examens médicaux requis par la réglementation en matière de chômage, l’ONEM fait appel à des médecins qui reçoivent les chômeurs dans le propre cabinet […]. Ces médecins […] sont inscrits à l’Ordre des médecins et donc soumis aux règles de déontologie de cette profession. En principe, les cabinets des médecins sont accessibles à tous ».
À ce titre, le code de déontologie de médecine nous apprend ceci :

« L’équipement d’un cabinet et l’organisation de la pratique doivent permettre au médecin d’exercer sa profession à un niveau de haute qualité et d’assurer la continuité des soins. L’agencement d’un cabinet doit respecter la dignité et l’intimité du patient ».


Chapitre 5 relatif au cabinet médical, art 21 du code de déontologie médicale de 2018

La déontologie n’a aucune force obligatoire, contrairement aux bases légales de la Constitution belge qui doivent respecter les engagements de la Belgique au titre de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CNUPH), ratifiée en 2009. D’après Unia, la réponse de l’ONEM « indique une forme de délégation de la responsabilité » vers les médecins et la responsabilité semble engagée sur différents points à analyser, notamment sur la solution d’aménagement avancée par l’ONEM ,expliquant que « le médecin coordinateur est en fait le médecin-chef de l’ONEM qui chapeaute les médecins agréés par l’ONEM pour effectuer des examens médicaux aux chômeurs. Le problème rencontré concernant un médecin agréé, tant le médecin coordinateur que les services administratifs de l’ONEM ont été requis pour trouver une solution dans le dossier concerné, ce qui a été fait dans un délai relativement bref. […] Le problème d’accessibilité était exceptionnel ». Le Centre interfédéral pour l’égalité des chances « souhaiterait donc intervenir dans cette situation [individuelle] en interpellant les responsables de l’ONEM, pour leur rappeler le cadre légal et les inviter à réfléchir à des procédures structurelles qui permettraient d’éviter ce type de situation et donc toute potentielle situation discriminatoire à l’avenir. » à la suite des propos de l’ONEM, recueillis par la RTBF.

Selon une autre source de l’enquête, la violation de la loi anti-discrimination peut constituer une faute engageant la responsabilité de l’administration en cas de dommage moral chez la personne victime de discrimination avérée. Dans le cas présent, le préjudice est compliqué à déterminer. S’agit-il d’une discrimination indirecte par refus d’aménagements raisonnables ou d’une faute morale par manquement de prévisibilité ?

Le principe d’accessibilité ne demeure-t-il qu’un mirage juridique?

Pour comprendre ce principe d’accessibilité au sens large du terme, quelques notions de droits sont nécessaires à recarder. Les droits humains d’application immédiate et sans condition comme le droit de vote, le droit à la protection contre les traitements dégradants, etc. Comme nous le rappelle Marie-Ange Vandecandelaere, en charge des matières en lien avec le critère du handicap, de l’accessibilité et de l’emploi et de monitoring dans le respect des droits des personnes en situation de handicap pour la Convention ONU chez Unia, « il y a les droits économiques et sociaux comme le droit à l’enseignement, à l’emploi, mais aussi le droit à l’accessibilité. Le citoyen ne peut pas [les] revendiquer directement, [ce] qui nécessite que les États transposent cela dans leurs lois [nationales] afin de pouvoir être mise en œuvre. Ces droits sont d’application progressive ce qui veut dire qu’en ratifiant la Convention ONU Handicap, la Belgique ne s’est pas engagée à rendre tout accessible du jour au lendemain. Son engagement est de rendre progressivement la société accessible. D’une certaine façon, ce principe d’accessibilité au sens large, est un prérequis à l’exercice de tous ces droits qui sont inscrits dans la Constitution belge. L’accessibilité est aussi décrite dans un article spécifique […] qui est l’article 9. [Il] décrit comment les États partis à la Convention mettent en œuvre le droit à l’accessibilité ».

Afin de permettre aux personnes handicapées de vivre de façon indépendante et de participer pleinement à tous les aspects de la vie, les États Parties prennent des mesures appropriées pour leur assurer, sur la base de l’égalité avec les autres, l’accès à l’environnement physique, aux transports, à l’information et à la communication, y compris aux systèmes et technologies de l’information et de la communication, et aux autres équipements et services ouverts ou fournis au public, tant dans les zones urbaines que rurales.

CDNPH

Depuis 2021, la Constitution belge stipule en son article 22ter que « chaque personne en situation de handicap a le droit à une pleine inclusion dans la société, y compris le droit à des aménagements raisonnables. §2 La loi, le décret ou la règle visée à l’article 134 garantissent la protection de ce droit ». L’accessibilité est inhérente à l’inclusion qui donneront selon Marie-Ange Vandecandelaere à de nouveaux recours juridiques : « la deuxième partie de cet article 22ter respecte le principe d’inclusion. Dès que le législateur adopte une nouvelle loi, la Cour Constitutionnelle et le Conseil d’État vérifient si cette loi est conforme au principe d’inclusion. Cela a été le cas avec l’ordonnance bruxelloise ‘Bruxelles Numérique’ qui prévoyait les services publics bruxellois se numérisent de manière automatique, sans avoir la garantie d’avoir toujours accès à un guichet, à un téléphone, à une personne. Les associations ont introduit un recours à la Cour Constitutionnelle en invoquant que le principe d’inclusion n’était pas respecté ». Quant à la jurisprudence relative à l’article 22ter, celle-ci n’est pas encore alimentée selon toutes les sources contactées durant l’enquête. Cela veut dire qu’il y a pas encore d’action en justice qui l’évoque dans ses décisions.

« Par contre, le droit à non-discrimination est d’application immédiate. Cela ouvre quand même des portes juridiquement. Le droit à ne pas être discriminée pour une personne en situation de handicap passe souvent par le droit aux aménagement raisonnables qui sont des mesures concrètes dans des situations précises et au cas par cas. Elles permettent à la personne de participer. Elles visent à compenser un environnement inadapté pour rétablir un forme d’égalité ».

Agenda politique en réponse aux manquements législatifs d’accessibilité

Le politique s’empare doucement de la question. Bob Reeners, ministre fédéral de la Personne Handicapée et de l’Égalité des chances (Vooruit) a annoncé dans un communiqué « que tous les bâtiments publics soient entièrement accessibles [d’ici 2035]. Des maisons communales et des salles de sport aux musées, écoles, centres commerciaux et gares. Les propriétaires de bâtiments qui, après dix ans, ne seront toujours pas adaptés, seront tenus pour responsables (traduit du néerlandais) ». Quant au ministre wallon, Yves Coppieters (Les Engagés) qui ambitionne un décret adopté en 2026 « fixant des normes communes, des obligations progressives et des mécanismes de suivi et de dérogation », ainsi que d’autres mesures qui seraient planifiées jusqu’en 2040. Unia et le secteur associatif se réjouissent de cette avancée, bien qu’il faille une concrétisation de ses actions.

Entre son énoncé, ses promesses et son effectivité à unité de temps variable, le droit belge à l’accessibilité et ses déclinaisons aux niveaux des entités fédérées, franchira-t-il le seuil de l’inaccessibilité, vécu au quotidien par de nombreuses personnes handicapées, pour atteindre son « standard d’accessibilité universel » ?
Y réfléchir est déjà un bâton retiré du chemin. Encore faut-il y apercevoir la ligne d’horizon de notre plat pays, sans buter contre une autre marche.

L’inaccessibilité en chiffre

UNIA a pour mission notamment de recenser le nombre de signalements reçus et le nombre de dossiers ouverts et clôturés pour chaque année civile. Dans son rapport de 2024, 1831 dossiers ont été ouverts sur base de 7577 signalements pour un taux de conversion de 24 %. Un seul dossier peut concerner plusieurs discriminations en même temps, ce qui augmente le nombre de cas comptés par rapport au nombre réel de dossiers. Ces données de contenu sont compilées en statistiques descriptives via deux indicateurs:

  • Les critères dits ‘protégés’, encadrés sur base législative. Le critère du ‘handicap’ est classé troisième a reçu 16 % des signalements, soit 12967 sur 8192 au total, en augmentation depuis 2023, mais globalement stable depuis 2020. Près d’un signalement sur six est lié à une discrimination, un délit de haine ou discours de haine en raison du handicap (graphique 6, p.2). Dans 97 % des signalements, leur nature est une discrimination (graphique 118, p.105). La Wallonie en tête avec 44 % des dossiers liés au ‘handicap’ avec une grande disparité par rapport aux autres Régions, p,95 et 96.

  • Neuf domaines établis par UNIA qui constate que « les critères ‘raciaux’ et le handicap apparaissent le plus fréquemment dans nos dossiers de 2024, à l’exception du domaine ‘vie en société’ », p.44, et précise encore que « nous avons ouvert 582 dossiers relatifs au critère du handicap. Il s’agit à nouveau d’une hausse par rapport aux années précédentes [474 en 2023]. Cette augmentation se retrouve surtout dans les dossiers ‘emploi’ et ‘biens et services’ », p,83.

Les refus d’aménagements raisonnables constituent une violation de la loi anti-discrimination. Ils représentent 194 dossiers soit 15 % et 19 dossiers concernent les bâtiments inaccessibles soit 1 % de tous les dossiers des discriminations signalées et 4 % des dossiers pour le critère ‘handicap’.

Le fossé entre les chiffres avec la réalité se creuse

Ces chiffres esquissent un échantillon sans pour autant être représentatifs puisque le manquement en accessibilité physique en Belgique n’existe simplement pas, comme nous l’explique Marie-Ange Vandecandelaere, en charge des matières d’accessibilité en lien avec le critère du handicap: «Les signalements ‘accessibilité’ sont difficiles à comptabiliser alors qu’en fait nous avons régulièrement des personnes en situation de handicap qui nous contactent par rapport à un problème d’accessibilité. Nous avons peu de data pour objectiver et quantifier le manque d’accessibilité [ndlr : hormis quelques opérateurs privés] comme il y a peu de monitoring. Une stratégie de mise en accessibilité avec des obligations devrait y remédier afin d’avoir une image de ce qu’il faudrait améliorer ».

Circulez ! Il y a tout à y voir

[Mise à jour le 27.11.2019]

EDITO.
Dimanche 27 octobre 2019 à 16h15, Gare Flixbus Paris-Bercy. Embarquement imminent pour Namur. Ça coince, le bus qui devait être adapté PMR a été remplacé et ne l’est plus. Sans élévateur, impossible d’embarquer. Impuissante et terriblement en colère. Paris fût la fois de trop, à 28 ans. C’est vous dire, comme il m’était impératif de prendre la plume pour écrire  stop , actant qu’il faut passer la seconde et urgemment.

Bus
© M.D. à l’arrêt Flixbus, Paris Bercy

Il faut remonter à mi-septembre 2019 lors des préparatifs en vue du départ, en Belgique. Pour les personnes à mobilité réduite (PMR), la plupart du temps, derrière ce mot préparatifs que l’on penserait joyeux, festif, (c’est vrai quoi partir en city-trip, c’est enthousiasmant) en cache un autre plus sournois, l’anticipation. Cette faculté frôle la dérive du conditionnement extrême, voire du trouble (enfin, je n’espère pas). On en oublie presque le lâcher prise tellement l’angoisse du « en espérant qu’il n’y aura pas de pépins » prend le dessus. M’enfin, sentiment passager pour tout le monde, le jour d’un départ, non ? Probable. L’anticipation nous permet de gagner de précieuses secondes du fait que notre rythme est différent à celui des bipèdes et de se dire « ai-je bien tout prévu ? ». Drôle de réaction névrotique, n’est-ce pas ?

Et bien malgré 76 jours de préparation dont trois confirmations, 27 conversations d’e-mails, tous sujets confondus, un grain de sable. Anticipation a perdu cette manche : le bus qui devait me ramener en Belgique n’était plus adapté et nous sommes restées sur le tarmac. « Il y a un problème, votre ticket est invalide » me dira-t-on le fameux dimanche, parce qu’il n’y avait pas le caducée blanc sur fond bleu sur le papier. Or, leur service « aide » sur leur page web, a été prévenu deux fois (n’obtenant pas de réponse la première fois le 03 octobre 2019, même jour que l’achat des places) et une troisième fois par téléphone le 15 octobre 2019, sans compter les appels – internationaux – de mon amie et sa mobilisation en parallèle. Je vous passe les détails techniques sur la chaise roulante.

Que s’est-il passé chez Flixbus dans la communication interne? La veille du retour, nous recevions d’une source sûre qui nous aidait depuis début octobre, comme la veille de l’aller, le 25 octobre, ce message : « Je viens d’avoir confirmation pour le retour c’est ok! 🙂  » . Nous sortons, en pleine affluence, les preuves à l’appui que le bus a été réservé et devait l’être. Pourquoi l’avoir changé à la dernière minute par un bus de remplacement qui de facto ne le sont jamais, selon les dires du chauffeur, et qui n’a rien entrepris pour nous proposer une alternative. A l’heure où ces lignes sont écrites, c’est encore un mystère. L’incertitude autour de ce fait est là, mais il n’empêche que le service n’a pas été honoré.

En chiffres …
Le 29 octobre 2019, le temps de constituer un dossier, j’ai porté plainte pour exiger une indemnité du retour dans son entièreté via le même formulaire en ligne. Ce plan B nous aura coûté la coquette somme de 187,71€ et atteste le préjudice financier pour ce « transport » retour, voyage Flixbus compris sans être pris. Ce calcul se base sur les reçus et bons de commande (soit 131,73€ pour le plan B). N’est pas repris en compte : le temps, l’angoisse, la mobilisation de personnes, l’indignation. Ce ne sont pas des indicateurs chiffrés, difficilement indemnisables. Ils restent pour autant des indicateurs du préjudice moral.

Le 13 novembre 2019, Flixbus m’a répondu favorablement pour un remboursement à l’amiable. Après plusieurs échanges en interne avec preuves à l’appui, le 20 novembre 2019, j’ai eu la confirmation que nous serons remboursées intégralement des frais pour le retour. Chose faite ce mercredi 27 novembre 2019.

Cette histoire, non sans mal, finit bien pour moi. C’est loin d’être le cas pour les autres personnes victimes de discrimination en raison de leur situation de handicap.

La liberté de circulation n’est-elle qu’une chimère ?

Prenons un peu de hauteur par rapport à cette mésaventure personnelle pour nous pencher sur le cœur du problème, sociétal : le droit à la circulation. Comme le stipule la Chartes des droits de l’homme, en son article 13, alinéa 1 : «  Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État ». Déclaration que la France (lieu de l’incident),  la Belgique (nationalité de l’utilisatrice) ont signé en 1945. 1973 pour l’Allemagne (nationalité de l’entreprise). Circuler est un droit universel a priori donc.

Selon une définition et sens du dictionnaire Larousse : « Aller d’un lieu à un autre et, en particulier, aller et venir ». Mais l’est-il pour tout le monde, et en particulier pour les personnes à mobilité réduite? Non. Il a fallu attendre 2006 pour qu’une Convention internationale des droits de la personne handicapée émerge à l’ONU. 13 ans alors que la Déclaration des droits de l’homme remonte officiellement à 1945.

C’est peu, mais on avance, avec des bâtons dans les roues. Toujours.

Dans le préambule de cette Convention, on peut y lire, notamment :

 » Alinéa c : Réaffirmant le caractère universel, indivisible, interdépendant et indissociable de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales et la nécessité d’en garantir la pleine jouissance aux personnes handicapées sans discrimination,

(…)

Alinéa k : Préoccupés par le fait qu’en dépit de ces divers instruments et engagements, les personnes handicapées continuent d’être confrontées à des obstacles à leur participation à la société en tant que membres égaux de celle-ci et de faire l’objet de violations des droits de l’homme dans toutes les parties du monde

Article premier : (…) Par personnes handicapées on entend des personnes qui présentent des incapacités physiques, mentales, intellectuelles ou sensorielles durables dont l’interaction avec diverses barrières peut faire obstacle à leur pleine et effective participation à la société sur la base de l’égalité avec les autres.

Définition article de 2 : On entend par « discrimination fondée sur le handicap » toute distinction, exclusion ou restriction fondée sur le handicap qui a pour objet ou pour effet de compromettre ou réduire à néant la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice, sur la base de l’égalité avec les autres, de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales dans les domaines politique, économique, social, culturel, civil ou autres. La discrimination fondée sur le handicap comprend toutes les formes de discrimination, y compris le refus d’aménagement raisonnable ; »

1 Belge sur 10 concerné, peut-être bientôt vous ?

Selon l’OMS, 15 % de la population mondiale est touchée par le handicap ou 1 milliard de personnes. En Belgique, les chiffres sont flous, car déclaratifs : 9 % des Belges affirment être en situation de handicap ou en difficulté d’autonomie selon StatBel. La reconnaissance du handicap par le SPF Sécurité Sociale (organisme fédéral) est une donnée tangible bien qu’elle chiffre seulement un indicateur.

80 % des handicaps surviendraient au cours d’une vie. Cette hypothèse sous-tend que malheureusement, personne n’est à l’abri d’un basculement, qu’on ne souhaite évidemment à personne. Les personnes à mobilité réduite sont celles accidentées temporairement ou non, âgées, les enfants en bas âges. Cette catégorisation n’est pas uniforme selon les sites du secteur. Ce déni face au monde du handicap provient du fait que celui-ci fait peur et ne sort pas de son public, déjà sensibilisé par un paramètre de vie que nous n’avons pas choisi.

Le handicap est subi (in)directement à cause de l’ignorance et la négligence, incivisme de certain.e.s, comme ce chauffeur, que les institutions les étiquettent sous couvert de l’inclusion. C’est cela qui est révoltant. Ce n’est pas suffisant. La normalité serait d’accepter une personne dans tous ses aspects avec ces différences, droits, devoirs et libertés. Tous les témoignages (publications prochaines) reçus abondent dans le sens d’un dysfonctionnement systémique des services, une certaine privation de liberté d’agir à cause ces mésaventures qui ont un impact sur la vie quotidienne.

Dés lors, une pléthore de questions me taraudent et, n’ont pour l’instant qu’une portée rhétorique :

Que fait la politique face à l’enjeu que pose le handicap? Quelle place les PMR sont prêtes à défendre sur l’espace public, pour et comme acte citoyen  en vue de cette liberté universelle ? Les PMR jouiront-t-elles un jour, de leur droit d’aller librement où bon leur semble?

J’espère que le futur me détrompera, assez tôt pour l’écrire.

Double « je »
Ce fut compliqué, pas pour ce que j’avais à dire, mais par ma fonction de journaliste qui se doit de soulever des enjeux d’intérêts publics. Sauf que, n’étant pas seulement journaliste qui s’apprête à relater ce récit, je suis aussi la personne à mobilité réduite qui a été la témoin d’une infortune pourtant trop commune à d’autres personnes en situation de handicap.

Assumer un « je » dans un vécu singulier qui est le mien sans nulle prétention de parler d’une généralité, je le ressentais malgré tout comme une sorte d’imposture. Si bien que j’en occultais ma liberté d’expression : à ces personnes, qui leur donne la parole ?

Affirmer un « je » dans l’espoir féroce d’être écoutée pour bouger les lignes de la société, donne un sens altruiste à ma démarche, tout autant que l’intérêt public dont les journalistes doivent rapporter, raconter. Un sentiment de prestige et de devoir vient supplanter celui d’imposture, et c’est pour cela que ma plume restera la meilleure des solutions en évitant la mise en scène. J’appelle d’autres personnes à aussi témoigner et d’autres journalistes à se saisir de la question.